Forum de la Refondation : Emploi, Travail, Dialogue Social : reprendre l’offensive -

Forum de la Refondation : Emploi, Travail, Dialogue Social : reprendre l’offensive

Forum de la Refondation : Emploi, Travail, Dialogue Social : reprendre l’offensive

Intervention Guillaume DUVAL, Rédacteur en Chef d’Alternatives Economiques 

Pourquoi le chômage ?

1/ Allemagne : beaucoup moins de jeunes donc beaucoup moins de gens sur le marché du travail

1,7 actif pour 1 inactif en France

1,9 en Allemagne

2/ En France, on est trop productif : 80.000 € de richesses produites par un actif français contre 72.000 e pour un allemand. C’est essentiellement à cause des emplois à temps partiel des femmes allemandes (elles travaillent 4 H de moins que les femmes françaises). En Allemagne, l’écart de salaires entre les hommes et les femmes est un des plus importants en Europe. Pour redevenir moins productif, il faudrait réduire le temps de travail. Il faudrait prendre une autre direction que la réduction hebdomadaire : prendre 1 an sabbatique rémunéré tous les 10 ans ou 6 mois tous les 5 ans. Ça a fonctionné au Danemark.

3/ Les licenciements : les faciliter, c’est une erreur car, s’il y a une crise, les boites licencient et ça crée moins de demande, ce qui entraine des licenciements. Il faut plutôt créer du chômage partiel et négocier avec les partenaires sociaux.

4/ Erreur des gouvernements précédents : creuser l’écart entre les salariés des petites entreprises et ceux des grandes entreprises. Maintenant les salariés des petites entreprises se sentent complètement abandonnés y compris par la gauche et se tournent vers les extrêmes. Il faut également baisser les seuils.

5/ Favoriser le développement du travail indépendant a été une erreur : 7% des salariés ont moins de 60% du revenu médian alors qu’ils sont 17% chez les travailleurs indépendants. Pousser un chômeur à se mettre à son compte est très grave et ne sert à rien. Ce ne sont pas les auto entrepreneurs qui vont innover et exporter.

 

Intervention Gilles LECUELLE, Syndicat CFE-CGC

CFE -CGC : Syndicat peu connu mais représentatif (4ème syndicat). C’est celui qui a le plus progressé au cours des dernières années. Seul syndicat catégoriel : agents de maîtrise, cadres et agents des fonctions publiques.

Dialogue social en France : CFE CGC toujours dans une démarche de négociation et de construction. Va parfois dans la rue mais préfère le dialogue.

Au début, avec le gouvernement actuel, ils ont eu l’impression d’avoir une vraie discussion. Mais après une ou deux réunions, ils se sont aperçus que les dés étaient déjà jetés et les décisions déjà prises.

Vision qui doit s’inscrire dans une vision globale de la société du 21ème siècle : dans l’entreprise, il faut, pour progresser, partager les biens de l’entreprise entre tous et mieux partager la stratégie de l’entreprise (actionnariat salarié, gouvernance, conseil d’établissement, etc.).

Mais ils n’ont strictement rien retrouvé de toutes leurs discussions dans les ordonnances. La concertation a servi d’affichage au gouvernement pour faire passer les ordonnances.

Comment créer de l’emploi ? ni en facilitant les licenciements, ni en créant des ruptures conventionnelles collectives, etc. Tout cela n’est fait que pour les grands groupes. Les bénéfices vont servir à engraisser les fonds de pension anglo-saxon qui sont les principaux actionnaires des grandes sociétés françaises.

Renforcer le dialogue social : référendum dans les petites entreprises rédigé uniquement par l’employeur. Aucune liberté pour le salarié. Fusion des 3 instances représentatives : on professionnalise le syndicalisme. Comme il y aura moins d’élus, il y aura moins de militants qui auront envie de s’engager. Moins d’heures de délégation aussi.

Ces 2 objectifs ne sont pas du tout remplis par les ordonnances macron, bien au contraire.

 

Boris VALLAUD, Député Socialiste des Landes:

Le positionnement des socialistes n’était pas évident au début après la loi EL KHOMRI. Mais il y a un espace entre les conservatismes et la pente libérale du gouvernement qui ne fait qu’appliquer des recettes déjà mises en œuvre auparavant.

Il ne faut surtout pas s’accrocher à l’ordre ancien. Il faut se poser la question du pourquoi la gauche, après avoir été moteur des avancées sociales, le PS est au fond du trou et incapable d’être force de propositions. Tous les PS européens sont dans la même situation.

La question de la mutation du travail doit être examinée par d’autres que les économistes : les sociologues, les psychologues, etc.

Au départ, le gouvernement Valls ne devait faire qu’une loi sur le compte personnel d’activité. Puis, il y a eu la question de l’ordre public social, la hiérarchie des normes, le dialogue social, etc.

Le rapport Combrexelle était plutôt équilibré mais les syndicats, à cette époque, n’ont pas voulu négocier. Et Macron a voulu mettre un volet libéralisation du monde du travail.

Dans les ordonnances, on retrouve tout ce qui a avait été retoqué de la loi EL KHOMRI. Cette réforme est une réforme de feignants car elle ne tient absolument pas compte de l’évolution du travail : rien sur les mini-jobs, rien sur les salariés des plateformes, rien sur les CDD, etc. C’est la version la plus rétrograde du dialogue social. Les patrons ont peur de voir arriver des syndicalistes dans leur société. Les modèles de flexisécurité sont tous basés sur un fort taux de syndicalisation.

A proposé un amendement la taxation des contrats courts. Quelle est l’offre politique d’En Marche ? C’est le « Nuit debout » des élites. Ce sont les gagnants de la mondialisation. Tous les débrouillards de la nouvelle économie.

On a un pays coupé en deux : les salariés des grandes entreprises avec plein d’avantages face à ceux des petites qui n’ont rien + les ruraux face aux urbains, etc.

Emmanuel MACRON estime qu’il y a des destins de gagnants et des destins de perdants. Combien vont toucher les 1% les plus riches suite aux nouvelles réformes : 1,5 million chacun, soit plus que ce qu’ils payaient en ISF. Les retraités vont être pénalisés à partir de 1.289 € par mois.

1er acte : les ordonnances

2ème acte : pour les plus riches

Les autres mesures en faveur des moins riches vont se faire plus tard ou sur un nombre d’années plus long (tiers payant généralisé, baisse de la TH, défiscalisation des heures supplémentaires, etc.).

 

Débat avec la salle :

  • Mesure du chômage : il faudrait changer le mode de calcul des chômeurs ; Oui, pour GD il faudrait regarder le taux d’emploi par tranche d’âge (cf. le dernier alternatives éco)
  • Ordonnances pensées par et pour entreprises : quid des décrets d’application sur le nouveau conseil remplaçant les 3 CHSCT, etc. GD pas contre le fait de fusionner les différentes instances mais la question importante est celle des moyens de ces instances pour défendre les droits des salariés. En Allemagne, ces instances ont un droit de veto sur les décisions du chef d’entreprise.
  • Que reste-t-il du pouvoir d’alerte du CHSCT ?
  • Pb doctrinal
  • Comment faire entrer les gens dans l’emploi plus facilement et plus rapidement ?
  • Est-ce que le travail en temps partagé entre plusieurs entreprises est l’avenir ? GD : ça fait longtemps qu’on en parle mais c’est assez compliqué juridiquement.

Pour GD, Macron, c’est une rupture historique par rapport à une période assez courte où il y avait un consensus droite gauche pour dire qu’il faut faire évoluer le droit social avec une importance accrue du dialogue social. On a, à nouveau, une étatisation du droit social. Il faut obliger les syndicats à s’entendre. Il n’est pas pour l’actionnariat salarié car le salarié n’a pas à prendre le risque. Un emploi aidé coute 11.000 € par an. Un chômeur coûte 9.000 € par an.

Pour GL, la présence des salariés dans les CA est une très bonne chose et permet d’appuyer en général les décisions du chef d’entreprise face aux actionnaires et financiers déconnectés de la réalité.

Pour le conseil économique, le nombre de représentants est moins important. Le CHSCT était l’organe le plus important dans l’entreprise. En l’espèce, il y a eu une volonté délibérée de tuer le CHSCT.

Pour BV : pour l’insertion, la difficulté est plus importante pour les non qualifiés. Donc, il faut prendre les choses en main en amont : c’est la lutte contre le décrochage scolaire, la réforme de l’apprentissage (entre les mains des organisations syndicales), quid d’un allègement de charges sociales plus faciliter l’embauche et l’alternance pour entrer dans l’emploi plus facilement.

Pour GD, il n’y a pas plus de jeunes chômeurs qu’avant la crise. Ce sont les salariés les plus âgés qui ont le plus subi. FH n’a rien fait pour essayer de résoudre ce problème-là. La difficulté est de savoir comment réinsérer les seniors. En France, on a une lourdeur des programmes et des rythmes scolaires qui empêchent les jeunes de travailler pendant leurs études, ce qui pourrait faciliter l’emploi des jeunes. Donc, lorsque les jeunes arrivent dans l’entreprise, ils ne l’ont jamais vue de l’intérieur.

Pour GL, il faut chercher des solutions au niveau du bassin d’emploi car chaque bassin a ses besoins spécifiques. Les entreprises doivent mieux travailler avec l’Assemblée Nationale.

  • Comment reprendre l’offensive ? Est-ce qu’il ne faudrait pas une plus grande représentativité ? Quid du chèque syndical ?
  • La problématique de l’emploi des séniors et des jeunes est une problématique qu’on retrouve dans tous les pays européens. Or l’emploi est une compétence réservée au national. Ne faut-il pas mettre plus de réglementation au niveau européen ?
  • Les ordonnances Macron sont un danger pour le savoir-faire français.
  • Egalité femme-homme : les femmes sont payées 15% de moins sue les hommes. Avant les entreprises devaient donner des éléments comparés sur l’évolution des salaires, des carrières, etc.
  • On devrait gérer l’emploi de manière dynamique : la formation ne devrait pas être plus facile pour les chômeurs
  • Développement de l’intéressement et de la participation => effet négatif sur l’augmentation des salaires ;
  • Quid de l’obligation de se syndiquer ?
  • Position du travailleur détaché.

Pour BV : la latitude des députés est très limitée dans le cadre des discussions des lois d’habilitation.

Travailleurs détachés : libre circulation.

Pour GL : Rien dans égalité hommes-femmes dans les ordonnances. Le burn-out doit être reconnu comme maladie professionnelle.

Pour la question des indépendants, il ne faut pas la voir par le prisme du travailleur indépendant d’hier car ubérisation, etc. n’ont pas les mêmes problématiques.

 

Conclusion de Xavier IACOVELLI :

A retenu quelques proposions des 3 experts :

  • Sur le 1er emploi : lutte contre le décrochage scolaire pour maintenir les avancées du dernier gouvernement + ciblage des baisses de cotisations pour embauche des jeunes
  • Sur le partage du temps de travail : idée de GD intéressante sur le congé sabbatique rémunéré
  • Représentation des salariés dans les instances de direction des entreprises : il faut aller vers plus de codirection en liaison avec les syndicats
  • Idée du chèque syndical
  • Apprentissage : repartir des besoins des entreprises