COMPTE RENDU DU CONSEIL FEDERAL DU 2 OCTOBRE 2017 -

COMPTE RENDU DU CONSEIL FEDERAL DU 2 OCTOBRE 2017

  • Accueil des délégations étrangères

Présentation par Elisabeth Humbert

Les délégations étaient composées de camarades du SPD de Cologne, du Labour Party (Parti Travailliste) d’Oxford et d’un socialiste polonais (SLD, parti socialiste polonais).  . Cet évènement a été organisé par nos 3 secrétaires fédéraux : Elisabeth Humbert-Dorfmüller, François Litwinski et Philippe Bérrée.

Intervention de Xavier Iacovelli

Je suis ravi que nous soyons ce soir réunis pour signer la convention de jumelage entre notre fédération avec le SPD de Cologne et que nous puissions évoquer par la suite les actions que nous pourrons avoir en commun grâce à celui-ci. Ce sera l’occasion d’échanger avec nos camarades européens à la fois sur la situation politique de l’Allemagne et de la France au lendemain des dernières élections et sur la situation de nos partis respectifs dans le cadre de l’avenir de l’Europe.

Je souhaite donc, au nom de tous les socialistes des Hauts-de-Seine, la bienvenue à nos trois camarades du Sozialdemokratische Partei Deutschland ainsi qu’à nos camarades socialistes britanniques et polonais. Merci à vous d’avoir fait le déplacement, merci par avance de la richesse des enseignements que nous procureront les échanges de ce soir. Par les dialogues que nous entretenons avec les partis frères européens, nous renouons avec l’internationalisme socialiste, nous faisons la démonstration que nous ne limitons pas  notre combat pour la justice sociale à nos frontières.

Je remercie aussi Philippe Berrée, notre secrétaire fédéral à l’Europe et tous ceux qui l’accompagnent pour son investissement en faveur de la réflexion européenne au sein de la fédération et de son travail pour ce jumelage.

Alors qu’il y a quelques mois la désignation de Martin Schulz comme chef de file du SPD pour les législatives avait revigoré les sondages et les espoirs de victoire des socio-démocrates allemands, on constate que cette dernière échéance électorale a souffert des mêmes résultats que l’ensemble des nations européennes et laisse apparaitre des analogies troublantes avec ce qui s’est passé en France ces derniers mois.

  • Premièrement,  une percée historique de l’AFD, parti d’extrême droite qui atteint les 12,5% avec une progression de près de 8 points par rapport à 2013. Un succès qui repose à la fois sur la perception de la crise migratoire et la peur de l’islam qu’elle implique chez certains, mais aussi sur une stratégie de dédiabolisation incarnée par Alice Weidel, jeune femme de 38 ans, ouvertement homosexuelle en couple avec une Suisse d’origine sri-lankaise.
  • Deuxièmement, une multipolarisation accrue du paysage politique, certes déjà plus présente en Allemagne qu’en France : la CDU/CSU baisse de 8.5 points et réalise 33%, le SPD obtient 20,5%, reculant de plus de 5 points, l’AFD : 12,5% et le parti libéral FDP obtient 11%. A noter que le FDP et son nouveau leader Christian Lindner a retravaillé le positionnement de son parti, culturellement pro-européen, en adoptant des positions très sceptiques quand il s’agit de sujet qui nous tient à cœur comme la démocratisation de la zone euros. Ce qui est problématique puisque A. Merkel devra négocier avec eux et les Verts pour obtenir sa coalition ne laissant pas forcément présager de la souplesse de sa part en faveur de nos idées.
  • Troisièmement, une baisse du score du SPD allemand qui s’il fait 20,5% et s’en sort quand même mieux que le PS et ses 9,5%, mais réalise tout de même son plus faible résultat depuis 1949.

 

Au niveau européen, le socialisme de gouvernement a donc de plus en plus de mal à faire sa place entre l’extrême-droite nationaliste qui surfe sur la crainte de la mondialisation et ses effets réels sur les populations les plus en difficultés provoqués par cette course à la dérégulation et d’une doctrine uniquement tournée vers la performance économique prônée par les libéraux.

Les bases étant posées, à nous de réfléchir collectivement à la construction d’une réponse européenne socialiste ou sociale démocrate, en fonction des pays, fondée sur la justice sociale, la redistribution des richesses, la démocratie et la protection de l’environnement.

Nos combats passés comme la protection sociale sont considérés comme des acquis par les citoyens de nos démocraties européennes. A nous de raviver le sens du combat collectif face à un individualisme grandissant.

Pour répondre à la crise de la social-démocratie européenne, nous devons rééquilibrer notre action entre la relance de la machine économique que nous avons parfois trop privilégiée et la protection sociale trop souvent laissée au second plan.

Multiplions les échanges que nous entretenons, comme aujourd’hui, pour construire une politique sociale-démocrate commune. Car une des faiblesses de nos idéaux politiques c’est qu’ils s’inscrivent dans des logiques ne pouvant fonctionner que dans un cadre local. Car même les sursauts de nos camarades portugais et de nos camarades britanniques ne doivent pas nous aveugler. Il est nécessaire de les voir pour ce qu’elles sont. C’est-à-dire des victoires nationales, des solutions de justice sociale pour les habitants de ces pays dans le cadre de la mondialisation, certes, mais il ne s’agit pas du développement d’une politique européenne.

Nous allons donc devoir nous armer d’imagination et d’une volonté de dialogue pour réussir le pari européen menacé par notre époque.

 

La situation en Allemagne par Arno Gildemeister

Les élections du 24 septembre ont donné le plus mauvais score pour le SPD depuis 1945

3 facteurs ont contribué à la défaite du SPD :

  • Angela Merkel a été à l’origine d’initiatives socio-démocrates (équivalent du SMIC, lutte contre les discriminations femmes/hommes, immigration, gestion financière sans autorité). Elle a su aller au-delà des clivages
  • Les médias ont été « obsédés » par tous les sujets qui ne faisaient pas différence (crise des réfugiés, lutte contre le terrorisme, ascension de l’extrême droite) et n’ont donc pas parlé du reste
  • L’économie se porte bien même si ce n’est pas grâce à A. Merkel mais la conséquence de réformes initiées avant son mandat

Mais ce n’est pas la fin de l’histoire pour le SPD : 3 facteurs d’espoir

  • Beaucoup d’allemands ont de nombreuses difficultés, précarisation des faibles revenus, crise du logement (manque de logements sociaux), santé publique à 2 vitesses, beaucoup de retraités (électorat d’A. Merkel) ne peuvent plus vivre de leurs revenus
  • La décision de quitter le gouvernement et d’aller dans l’opposition est perçue positivement à gauche. Or A. Merkel est déjà affaiblie dans son propre parti (aile droite en désaccord) et les Verts vont perdre une partie de leur base s’ils rentrent dans la coalition
  • Les citoyens se sentent de plus en plus exclus du débat politique et c’est le moment de construire une nouvelle alternative critique et sociale

 

Intervention de la représentante nationale du Labour Party

La situation par rapport au Brexit est plus complexe qu’il n’y parait. En fait le débat a commencé depuis plus de 20 ans. Aucun Leader du Labour Party n’a vraiment fait campagne pour l’Europe. Corbin n’était pas convaincu non plus.

Quand Corbin est arrivé les travaillistes ont pensé qu’il pourrait augmenter le nombre d’adhérents du Labour, ce qui a été le cas, mais il n’a pas su séduire les britanniques. Theresa May, quant à elle a cru qu’elle pourrait annihiler le Labour mais elle a fait trop d’erreurs d’où une perte d’électeurs (en particulier avec les retraités auxquels elle a fait perdre beaucoup de moyens). Les prochaines élections sont dans 5 ans si le gouvernement tient jusque-là ; le Labour Party pourrait-il maintenir son avance d’aujourd’hui ?

A la suite de ces interventions un débat s’est engagé avec la salle